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Coaching et thérapie : et si la frontière était surtout une question d'honnêteté ?

  • Photo du rédacteur: Virginie BOUGOT
    Virginie BOUGOT
  • il y a 2 jours
  • 6 min de lecture


Un client vient vous voir pour prendre confiance en lui. Une autre veut apprendre à mieux communiquer avec ses équipes. Un troisième souhaite sortir d'un sentiment d'échec récurrent. Coaching ou thérapie ? La réponse semble évidente — jusqu'à ce que la séance commence vraiment.


Le débat sur la frontière entre coaching et thérapie est ancien. Il revient régulièrement sur le devant de la scène professionnelle, souvent alimenté par des incidents, des dérives ou des prises de position tranchées. Mais ce débat, tel qu'il est posé habituellement, passe à côté de l'essentiel. Car la vraie question n'est pas : "où s'arrête le coaching et où commence la thérapie ?" La vraie question est : est-ce que je suis formé(e) et conscient(e) de ce que je fais réellement avec mes clients ?


Ce que disent les définitions… et leurs limites

Commençons par poser les bases, sans idéalisme. La définition classique est la suivante :


Le coaching accompagne une personne fonctionnelle vers un objectif futur. Il s'inscrit dans le présent et la projection, s'appuie sur les ressources existantes du client, et ne traite pas de pathologie.


La thérapie, elle, s'adresse à une souffrance psychique, un dysfonctionnement, un trauma. Elle remonte dans le passé pour comprendre ce qui structure le présent. En France, le titre de psychothérapeute est protégé par la loi depuis 2010 (loi Accoyer), tout comme celui de psychologue. En revanche, le titre de coach n'est protégé par aucun texte réglementaire. N'importe qui peut se déclarer coach du jour au lendemain.


Sur le papier, la distinction est nette. Dans la pratique, elle s'effrite très vite.


Pourquoi la frontière est en réalité poreuse

Voici une réalité que beaucoup de professionnels de l'accompagnement connaissent mais que peu nomment ouvertement : les émotions ne connaissent pas les cases.


Un client arrive avec un objectif formulé : "je veux prendre confiance en moi". C'est un objectif de coaching, propre, orienté futur. Mais derrière ce mot — confiance — se cache presque toujours une histoire. Une blessure de rejet non digérée. Une injonction parentale intériorisée. Un schéma de relation à l'autorité qui s'est construit sur des années. Est-ce qu'un coach peut travailler sur la confiance en soi sans jamais effleurer tout cela ? Théoriquement oui. En pratique, rarement.


Et ce n'est pas une question de mauvaise volonté ou de manque de rigueur. C'est la nature même de l'être humain. Nous ne sommes pas modulaires. Notre manière d'être au monde — de nous inhiber, de procrastiner, de sur-contrôler, d'éviter le conflit — est toujours le fruit d'une histoire. Y toucher, même légèrement, c'est entrer dans un territoire qui dépasse le simple objectif.


Les outils eux-mêmes brouillent la ligne. La PNL, la pleine conscience, la Communication Non Violente, les techniques de régulation émotionnelle : toutes ces approches sont utilisées aussi bien en coaching qu'en thérapie. L'ACT — la thérapie d'acceptation et d'engagement — est une thérapie cognitivo-comportementale de troisième vague qui a migré massivement dans le monde du coaching sans que beaucoup de praticiens aient la formation clinique qui va avec. Le résultat ? Des pratiques hybrides, souvent efficaces, mais dont les praticiens ne mesurent pas toujours la portée.


Est-ce qu'on peut vraiment travailler sur les croyances limitantes sans toucher à l'histoire personnelle ?


Honnêtement ? Non. Une croyance limitante — "je ne suis pas légitime", "je dois être parfait pour avoir de la valeur", "je ne mérite pas le succès" — est toujours le vestige d'une expérience passée. La reprogrammer, la reformuler, la dépasser : c'est du travail en profondeur, qu'on l'appelle coaching ou autrement.


Ce qui se passe vraiment sur le terrain

Parlons sans détour. Deux phénomènes coexistent aujourd'hui dans le secteur de l'accompagnement :


D'un côté, des coachs qui font de l'accompagnement thérapeutique sans le nommer, sans en avoir la formation, et sans supervision. Pas nécessairement par mauvaise intention — parfois par ignorance de ce qu'ils activent chez leurs clients. Mais l'ignorance, dans ce domaine, ne protège personne.


De l'autre, des thérapeutes qui se revendiquent coachs pour contourner les résistances de leurs clients. Le mot "thérapie" fait peur. Il évoque la pathologie, la faiblesse, la psychiatrie. Alors on dit "coaching", "développement personnel", "accompagnement". Le fond du travail est thérapeutique ; l'emballage est plus acceptable.


Les risques de cette confusion ne sont pas abstraits. Une personne fragilisée, déstabilisée en séance par une remontée émotionnelle intense, a besoin d'un accompagnement clinique — pas d'un outil de coaching. Un trauma activé sans filet de sécurité peut faire bien plus de mal que de bien. Et la réorientation vers un professionnel de santé mentale — qui devrait être un réflexe — suppose que le praticien ait la lucidité de reconnaître ses limites.


Un coach non formé à la psychologie peut-il détecter qu'il est en train de déstabiliser quelqu'un ?


C'est la question que je pose régulièrement à des collègues, et elle produit toujours un silence. Parce que la réponse honnête est : pas toujours. La dissociation légère, l'affect aplati, le silence inhabituellement long, la montée d'une détresse qui se déguise en mutisme — ces signaux cliniques s'apprennent. Ils ne sont pas intuitifs. Et sans formation, ils peuvent passer inaperçus.


Et si la solution était d'assumer la complexité plutôt que de la nier ?

Je ne plaide pas ici pour la suppression de toute frontière, ni pour un mélange des genres sans discernement. Je plaide pour quelque chose de plus exigeant : la conscience.


La conscience de ce qu'on fait réellement en séance. La conscience des effets potentiels de nos interventions. La conscience de nos limites — et la capacité à les nommer, y compris au client.


Se former aux deux champs — à la fois aux approches du coaching (systémique, orienté solution, neurosciences, leadership) et aux fondements psychologiques et thérapeutiques (psychologie du développement, trauma, régulation émotionnelle, sémiologie clinique) — n'est pas un luxe réservé aux thérapeutes en reconversion. C'est une responsabilité éthique pour quiconque travaille avec l'être humain dans sa profondeur.


Cette double culture permet trois choses concrètes :


Savoir où l'on est à chaque instant de la séance. Est-ce qu'on est dans du travail d'objectif ? Dans du soutien émotionnel ? Dans quelque chose de plus profond qui demande un autre cadre ? Cette conscience situationnelle ne s'improvise pas.


Réorienter avec justesse et sans panique. Dire à un client : "ce que vous traversez dépasse le cadre du coaching, et je pense qu'un suivi thérapeutique vous aiderait davantage" — c'est un acte professionnel fort. Ce n'est pas un aveu d'échec. C'est la marque d'un praticien intègre.


Assumer publiquement sa posture. Travailler à l'intersection du coaching et de la thérapie n'est pas quelque chose dont il faut se cacher. À condition de le faire en conscience, avec formation, supervision et cadre déontologique clair.


En guise de conclusion ouverte

La frontière entre coaching et thérapie est réelle — sur le plan légal, déontologique, et conceptuel. Mais elle est aussi extraordinairement poreuse dans la pratique quotidienne. Prétendre le contraire serait de la naïveté, ou de la mauvaise foi.


La question n'est pas de choisir un camp. Elle est de ne pas faire semblant. De ne pas faire de la thérapie en la déguisant en coaching parce que c'est plus vendable. De ne pas se cacher derrière un label "coaching" pour éviter la rigueur qu'exige le travail psychologique.


Et peut-être, surtout, d'avoir le courage de la supervision. Ce regard extérieur, régulier, posé sur notre pratique — pas pour nous juger, mais pour nous aider à voir ce que nous ne voyons plus quand nous sommes dans la relation. La supervision est encore trop peu répandue chez les coachs en France. Elle devrait être la norme, pas l'exception.


Le secteur de l'accompagnement humain est en plein essor. Il attire des profils extraordinairement divers, avec des motivations sincères et des pratiques très hétérogènes. Ce n'est pas une raison de baisser les standards. C'est au contraire une invitation à les élever — par la formation, la rigueur et la transparence.


Alors, coaching ou thérapie ? La vraie réponse est peut-être : sachez ce que vous faites. Et faites-le en conscience et du mieux que vous pouvez.


Virginie Bougot accompagne des personnes et des équipes qui veulent se transformer en profondeur — pas seulement changer de comportement. Thérapeute holistique et coach en entreprise, elle travaille à l'endroit précis où la performance rencontre l'humain, et où la tête ne suffit plus sans le corps et l'histoire qui vient avec.

 
 
 

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